Baisse des taux de la BCE : la mesure de la dernière chance pour sauver l’eurozone de la déflation

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La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé le 5 juin l’abaissement de son taux d’intérêt directeur de 0.25 à 0.15% dans un effort visant à stimuler l’activité économique à travers une région en difficulté.

Dans son rapport du mois de mai, la société Markit Eurozone Manufacturing PMI (MEM), spécialisée dans la fourniture de données boursières, révèle une baisse des notes pour le secteur industriel, sur une durée de six mois (de 53.4 à 52.5). Dans un tel contexte, la mesure de la BCE pourrait-elle être vue comme la tentative de la dernière chance pour sauver l’Eurozone de la déflation, et plus globalement, pour l’empêche de sombrer dans une sévère crise économique ?

Les chiffres de MEM et la stagnation de l’Eurozone

Sur le plan financier, un certain nombre de pays européens ne s’en sorte pas trop mal en 2014, en comparaison avec l’année 2013. Parallèlement, de nombreux pays subissent une sévère stagnation. Prenez, par exemple, le sondage indiquant que les industriels britanniques se sentent de plus en plus confiants à l’égard de l’économie britannique, puis contrastez cela avec le fait que les trois premiers mois de cette année ont été ceux de la stagnation à travers l’Eurozone, avec une croissance de 0.2%, qui n’ée au trimestre précédent.

Vous pouvez désormais visualiser un schéma de l’état actuel de l’Europe : une Europe aux perspectives économiques divisées, avec ceux, en dehors de l’Eurozone qui prospèrent, comme c’est le cas du Royaume-Uni et ceux, à l’intérieur de l’Eurozone, qui ont des perspectives économiques limitées.

Dans ce contexte, – et avec le futur de l’Eurozone qui semble ne pas s’éclaircir– des rumeurs ont commencé à circuler, indiquant que la BCE allait réduire ses taux d’intérêt pour aider les entreprises à emprunter, et par conséquent, encourager la croissance. Ces rumeurs ont finalement été validées, avec l’annonce du président de la BCE, Mario Draghi, de fixer le taux directeur de l’UE à 0.15% et donc de le rapprocher de zéro.

Eviter la déflation et prévenir la crise

L’objectif de cette mesure peut se résumer par le besoin d’éviter une déflation économique à travers l’Eurozone. La spirale déflationniste opère comme un cercle vicieux : si l’euro venait à s’affaiblir, ceux qui font du trading contre la devise (par exemple via une plateforme de trading internationale) arrêteraient de le faire puisque la devise ne serait plus viable.

Cette réaction ne se répercuterait pas uniquement sur les marchés financiers, mais aussi à travers toute la zone euro. Les emprunts auprès des banques européennes diminueraient, les entreprises déposeraient le bilan et le moindre progrès économique sur la zone euro perdrait de sa valeur. En fait, de nombreux observateurs soupçonnent que si la BCE n’avait pas annoncé cette nouvelle hier, il n’aurait fallu que quelques mois avant que les vraies difficultés dans l’Eurozone ne commencent à émerger.

L’espoir de l’inflation

Face à la menace d’une déflation de l’euro qui pourrait se présenter dans les prochains mois, la BCE a décidé d’agir. Avec un taux d’intérêt proche de zéro, il devrait désormais être plus facile pour les entreprises d’emprunter de l’argent lorsqu’elles en ont besoin. L’objectif est que ce nouveau stimulus financier permettra de tirer hors de la zone de danger les pays de l’Eurozone qui vont mal (en d’autres termes, tous les pays à l’exception de l’Allemagne et des Pays-Bas), et les pousser vers la croissance.

Le G7 n’est pas d’un grande aide

La veille de cette annonce de la BCE, le G7 était réuni pour discuter de la situation de l’Eurozone et de ce qui peut être mis en œuvre pour aider la région. Le G7 est un groupe informel de discussions où se réunissent les dirigeants des sept nations les plus prospères économiquement dans le monde : le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Le rôle de ces sept acteurs est de se rencontrer plusieurs fois par an pour discuter des problèmes financiers et économiques, qui, par de nombreux aspects, sont liées à l’UE.

Au dernier meeting, cependant, les discussions ont principalement porté sur la situation en Ukraine et pas grand-chose n’a été annoncé quant à la situation économique et financière de la zone euro, d’autant plus que les déclarations de la BCE étaient attendues le lendemain. Sur ce point, la position du G7 a d’ailleurs été relativement surprenante pour une annonce politique : les dirigeants du G7 ont simplement déclaré qu’ils attendraient de voir ce que la BCE ferait et qu’ils suivraient de près les futurs développements.

Bien qu’il était attendu un positionnement du G7 sur les difficultés économiques de la zone euro, il faut comprendre que le groupe des sept a préféré opter pour la neutralité à l’approche de la conférence de la BCE. Par conséquent, la déclaration du G7 a simplement été une manière de sauver les apparences en montrant un positionnement de façade mais pas un positionnement sur le fond.

Une période difficile

L’annonce selon laquelle la BCE a abaissé ses taux d’intérêt est positive pour les habitants des pays de la zone euro en difficultés. Avec un taux de chômage relativement élevé (12 % en moyenne dans l’eurozone, mais le chiffre est encore plus élevé dans les pays les plus acculés comme l’Espagne, le Portugal et la Grèce), il s’agit là d’une vraie stimulation économique pouvant aider les différents pays à s’en sortir.

C’est pourquoi, l’annonce de la BCE d’abaisser son taux d’intérêt à 0.15% sera bien accueillie par la région. Par ailleurs, à travers cette tentative d’aider les pays les plus pauvres, la BCE va également aider l’eurozone dans sa totalité étant donné que la santé de l’euro repose sur les épaules de tous les pays qui l’utilisent, pas uniquement les plus riches.

L’Eurozone peut-elle être sauvée ?

La question qui se pose au final est : l’eurozone peut-elle être sauvée ? Avec le fort sentiment anti-Union-Européenne qui plane actuellement à travers les quatre coins de l’Europe, il est facile de penser que la réponse est non. Cependant, il y a des raisons de croire que les économies nationales répondront positivement à un tel mécanisme de stimulation. En permettant aux entreprises d’emprunter de l’argent plus facilement, il existe un espoir que l’industrie et les niveaux de production de la zone euro soient relancés, ce qui devrait inverser la spirale négative qui sévit actuellement. Pour le moment, il faut cependant s’armer de patience et voir si les actions de la BCE porteront leurs fruits. Selon Mario Draghi, « l’Europe ne devrait pas seulement apporter la paix mais aussi la stabilité ». Cette déclaration de l’homme en charge de la finance de l’Europe peut au moins rassurer sur le fait qu’idéologiquement parlant, ses intentions sont bonnes. Mais pour l’heure, il est temps de voir si les économies des membres de l’Eurozone réagiront à cette mesure de la dernière chance.

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